Accompagnée par le Père Richard Lukaszewski, vicaire général du diocèse de Troyes
A partir des nouveaux décrets capitulaires et de l’histoire de la fondation de la Congrégation, Richard a développé 4 grands thèmes à méditer et à prier : le silence, l’amitié, la pauvreté, l’appel de Dieu à être une « porte ouverte » pour le monde.
Le silence et l’enracinement dans le Christ
Nous sommes invitées à être « enracinées dans le Christ » par le silence. Le silence n’est pas un luxe mais la source de la mission, à l’image de Jésus qui se retire pour prier (Mc 1,35), se tait devant Pilate et résiste à la violence par une présence silencieuse et miséricordieuse. Le silence est lieu de gestation, de discernement et de création intérieure. Il permet d’aimer jusqu’au bout et d’éviter un activisme stérile. Chez Paul Sébastien Millet, le fondateur de la Congrégation, la prière précède l’action : son œuvre naît de l’humilité, de la foi et d’une disponibilité totale à Dieu. Le silence est au cœur du charisme du Bon Secours et garantit que le service reste signe de la tendresse de Dieu.
L’amitié avec le Christ et avec les autres
La spiritualité de l’amitié est un modèle de relation avec Dieu et avec autrui. L’amitié repose sur la gratuité, le respect de la liberté et l’acceptation des limites de l’autre. Dieu se présente comme un ami qui respecte la liberté humaine et attend sans contraindre. L’amitié implique une présence fidèle et désintéressée plutôt qu’un sentiment ou une utilité. Paul Sébastien Millet a incarné cette amitié en se faisant proche des pauvres et des malades. Être sœur du Bon Secours signifie vivre cette amitié concrète, reconnaître la dignité de chaque personne et offrir une présence qui soutient et relève.
La pauvreté comme chemin de liberté
La pauvreté évangélique n’est pas d’abord un manque mais une relation de confiance envers Dieu. Dans l’Écriture, les pauvres (anawim) sont ceux qui s’appuient sur le Seigneur. Jésus, pauvre de la crèche à la croix, révèle une pauvreté relationnelle faite de dépendance filiale. Être pauvre de cœur ouvre un chemin de liberté : simplicité matérielle, désappropriation intérieure et élan missionnaire vers les plus vulnérables. Nous sommes pauvres pour servir et apprendre des pauvres.
Le Royaume de Dieu est déjà présent, discret et fragile, particulièrement à travers les pauvres. Ils ne sont pas seulement bénéficiaires mais révélateurs de Dieu et maîtres spirituels. Une société qui les oublie perd son âme ; une congrégation qui les oublie perd sa vocation.
Paul Sébastien Millet a appris la pauvreté dans la fragilité des commencements : manque de moyens, abandon confiant, générosité radicale. La pauvreté devient école de foi, purification du cœur et fécondité. Elle s’enracine dans les vœux : recevoir (pauvreté), offrir un cœur unifié (chasteté), consentir à ne pas tout maîtriser (obéissance).
Ainsi, pour les sœurs du Bon Secours, la pauvreté se vit comme présence humble, simplicité de style et mission vécue comme service du Christ. Silence et pauvreté apparaissent comme deux chemins complémentaires : ils ouvrent à la liberté intérieure, rendent la mission féconde et manifestent déjà le Royaume au cœur du monde.
L’appel de Dieu comme chemin
L’appel de Dieu ou vocation naît dans l’écoute intérieure et se reconnaît à une paix profonde. L’appel se révèle progressivement et demande discernement, confiance et persévérance. Il n’est pas une certitude immédiate mais un chemin marqué par des difficultés et une transformation personnelle. Les faiblesses humaines ne suppriment pas l’appel mais invitent à recommencer avec humilité. Ce chemin relationnel avec le Christ se vit dans la prière, le silence et l’abandon confiant.
L’image de la porte peut expliquer la vocation chrétienne : Dieu se tient à la porte et invite sans contraindre. La porte représente un lieu de choix, de rencontre et d’accueil. Dans la Bible, la porte est lieu de rencontre avec Dieu, de discernement et de salut. Dieu invite librement chacun à l’accueillir. Le Christ est la porte qui ouvre l’accès à Dieu. Les croyants sont appelés à devenir eux-mêmes des portes ouvertes, accueillant les autres et servant les plus souffrants avec espérance. Cette vocation consiste à ouvrir des chemins d’espérance, d’accueil et de salut dans le monde.
Le Père Richard dans sa dernière prédication nous a comparé à des « spécialistes de la porte » : comme le Père Millet, être la porte ouverte à ceux que la société laisse dehors, comme Marie, être la porte qui laisse passer Dieu.
« Nous sommes appelées à être gardiennes des portes ouvertes et à en ouvrir d’autres car le Père Millet a créé le Bon Secours pour qu’il y ait une porte de secours dans la société. »