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La vieillesse, une chance?

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Le temps de la vraie pauvreté :

La pauvreté évangélique vient à nous d'une manière que nous n'avons pas choisie. Nos appuis, santé, vigueur intellectuelle, capacité de travail et d'autonomie, nous sont peu à peu enlevés. Nos relations vieillissent avec nous. Nos vies ont été marquées par un souci, légitime mais parfois obsédant, d'efficacité. Là où l'efficacité nous est enlevée, est-ce que nous savons accueillir la fécondité de l'Esprit qui vient transfigurer notre pauvreté ? Avons-nous assez de foi pour croire que nous pouvons encore porter du fruit et nous réjouir de cette fécondité nouvelle ?

A notre âge, il faut convenir que nos vies sont pour une grande partie écrites. En prendre acte n'est jamais facile, l'accepter humblement peut être libérateur. Nous n'avons plus à devenir quelqu'un, à nous faire une place. Nous n'avons pas dit notre dernier mot, c'est vrai, mais à moins de circonstances exceptionnelles- tout le monde  ne meurt pas martyr- nous ne serons que ce que nous sommes devenus. Évidence douloureuse qui cependant nous ouvre un horizon : nous sommes libres désormais de nous consacrer à l'essentiel : ce visage de sainteté que  Dieu continue d’espérer de nous et qui est notre vrai visage. Si pauvre soit-il, il existe. Libérés du souci de grandir, d’être efficaces, nous allons peut-être avoir le temps de le discerner et d'en faire  désormais le centre de nos préoccupations et de notre offrande. Relisant notre vie, ses pesanteurs et ses grâces, nous pouvons y découvrir cette forme de charité à laquelle notre histoire nous conduit et que Dieu peut attendre de nous aujourd'hui. Pauvres du visage humain que nous avions rêvé d'être, nous pouvons nous laisser configurer par l'Esprit à ce visage d'éternité que Dieu attend de nous.

Le temps de la foi nue :

Quelques mois avant sa mort, le Père Varillon laissait échapper cette confidence : « Ne croyez pas que le grand âge soit celui de la foi facile !  »  Et en effet, ce temps peut être marqué par le doute et voir resurgir des questions que l'on avait occultées dans la fièvre de l'action : et si tout cela n'était qu'illusion, tout ce à quoi j'ai cru, tout ce à quoi j'ai consacré ma vie...Temps de la nuit à affronter dans la foi. Il faut nous y préparer dans la prière et l'enfouissement dans l’Écriture. Les détachements qui nous sont progressivement demandés peuvent devenir durs à vivre .des formes de déprime peuvent nous guetter. Il y a alors des choses à faire, des moyens  à prendre mais pour le faire, il faut un certain ressort. Pour nous, il ne peut venir que d'une foi vive qui nous relie au Christ dans l'offrande de nos souffrances et la certitude de sa grâce. Priant Dieu de nous libérer de cette « écharde dans la chair »Il nous faut avec Saint Paul accepter humblement de recevoir comme réponse « Ma grâce te suffit : car la puissance se déploie dans la faiblesse »(2Co 12,9)

Trop souvent aussi, nous avons cru qu'ayant le désir de prier, nous prierions mieux quand nous en aurons le temps : le temps libéré par le ralentissement des activités devenant naturellement celui de la prière et de la contemplation. Rien n'est moins sûr ! D’abord, ce temps est maintenant occupé par un tas de petits soucis de santé, d'organisation. Et puis notre prière elle-même vieillit : somnolence, difficultés à maintenir les attitudes physiques auxquelles nous étions habitués, pertes de mémoire, difficultés à se concentrer. L'Esprit cependant ne vieillit pas et continue à prier en nous avec des gémissements ineffables. Acceptons de recevoir de Lui une prière simple, réduite à quelques mots qui ne peuvent que rappeler l'essentiel, un peu comme ces personnes âgées qui racontent toujours les mêmes histoires mais qui, à travers elles, disent quelque chose d'elles-mêmes, si on sait les écouter. Le Père aimera cette prière, comme il a aimé celle d'Anne dans le sanctuaire de Silo (1S 1,9) .Là aussi, sachons préparer cette prière et nous nourrir des  paroles de l’Écriture pour les jours où les mots nous manqueront. Dans l'accompagnement des mourants, je suis frappé de voir la place que prennent la prière des psaumes et le chapelet. Même des gens qui n’étaient pas tellement familiers avec le texte des psaumes retrouvent alors dans leur prière de refrains psalmiques entendus aux messes du dimanche...

Le temps de s'aimer humblement soi-même :

Nous avons essayé généreusement de faire passer au premier plan dans nos vies le souci des autres et de la mission. Nous avons vécu pour les autres, il faut prendre le temps de penser à nous. Etre attentifs à nous maintenir en forme pour éviter ce qui nous rendrait trop vite dépendants. Penser dès aujourd'hui à ceux qui auront un jour à nous soigner pour ne pas trop leur compliquer le travail demain par notre imprévoyance et notre négligence actuelle.

Ce souci peut conduire au repli sur soi, à l’égocentrisme des vieillards : à nous d'en faire l'occasion d'une vraie charité envers nous-même. Comment ? En nous acceptant tels que nous sommes avec nos faiblesses et nos fragilités. En renonçant à une image de nous-même qui n'est pas la nôtre, pour accepter notre être véritable et l'aimer avec délicatesse et charité comme nous n'avons peut-être jamais eu le temps de le faire. Prendre du temps pour des choses qui nous font plaisir : lecture rencontres. Orienter la relecture de notre vie vers la recherche de ce qui pourrait nous aider, nous soutenir, nous rendre heureux. Comme l'a si bien écrit Bernanos dans son journal d'un curé de campagne : « Si tout orgueil était mort en nous, la grâce des grâces serait aussi de s'aimer humblement soi-même, comme n'importe lequel des membres  souffrants de Jésus -Christ. »

Père Michel RONDET, sj

 


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