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"Laissez-vous réconcilier par le Christ"(2 Co 5, 20)

(Par le Père Jérémie Pogorowa, prêtre du diocèse de Troyes)

Lorsque nous parlons de réconciliation, cela suppose qu’une faute a été commise, ou qu’une personne a été offensée. St Paul, en parlant du Christ, dit ceci : « Il n’a pas tenu compte des fautes, et il a déposé en nous la parole de la réconciliation » (2Co 5, 19).  Le péché appelle la réconciliation. Le « péché » est un de ces mots chargés d’histoire, un mot qui, pour certains est lié à l’image d’un Dieu qui punit. Pour d’autres, ce mot rappelle les expériences infantiles de confession avec la liste de péchés. Parmi ceux qui pratiquent la confession, certains s’essoufflent de devoir dire toujours les mêmes péchés. Quant aux prêtres eux-mêmes, ils ne sont pas plus à l’aise pour parler du péché. Et pourtant, on ne peut pas faire comme si cette réalité n’existait pas ! S’il existe certes une difficulté à en parler, notre expérience témoigne de la réelle facilité à commettre le péché.

Avant de parler du péché de l’homme, parlons de l’amour de Dieu. Le péché peut être défini comme l’expérience que nous faisons d’un écart entre notre comportement et celui que Dieu désire voir en nous. Le péché est une catégorie théologique, une notion religieuse qui a toujours quelque chose à voir avec Dieu puisque c’est lui qui nous l’a révélée. C’est pourquoi dans notre contexte de sécularisation, où la référence à Dieu diminue, il est difficile de comprendre ce qu’est le péché. Mais si Dieu nous révèle notre péché c’est parce qu’il nous a d’abord témoigné son amour. S’interroger sur le péché c’est d’abord se mettre face à l’amour de Dieu qui est premier. L’alliance de Dieu avec les hommes précède le péché de l’homme contre Dieu. Comment nous reconnaître pécheur si ce n’est devant un Dieu qui aime en pardonnant ? Nommer notre péché, c’est nous remettre dans une relation avec Dieu et les autres, dans une histoire de Dieu avec nous. Dans le Credo, on ne parle pas du péché sans en souligner en même temps son pardon ; nous confessons notre foi non pas au péché mais « au pardon (à la rémission) des péchés ».

Le sacrement de réconciliation est avant tout une grâce. Cest un processus qui commence déjà lorsque je prends conscience d’avoir péché. C’est déjà un effet de la grâce de Dieu que de prendre conscience d’avoir péché. J’ai alors besoin de prendre un temps d’intériorisation qui met en lumière ma responsabilité. Cette étape est celle de la reconnaissance des actes posés et de leurs conséquences dans ma vie. Cette démarche conduit à se reconnaître auteur de la faute. On veut faire la vérité sur soi. La grâce de Dieu agit déjà en nous.

Dans le langage courant la « confession » désigne l’aveu des fautes. Ce mot, pourtant, recouvre une réalité beaucoup plus riche. En effet, confesser signifie trois choses : d’abord proclamer sa foi, ensuite reconnaître l’amour dont Dieu nous aime et enfin, dire ses péchés. Les trois choses vont ensemble.

Confesser signifie d’abord proclamer sa Foi : c’est la foi en Dieu qui nous permet de prendre conscience que nous sommes pécheurs. Se confesser est donc éminemment un acte de foi : Voyant leur foi, Jésus dit au paralysé : « Mon fils, tes péchés sont pardonnés » (Mc2, 5) : Dieu n’attend pas de nous une accumulation de belles œuvres mais plutôt un cœur sincère. Il ne nous demande pas la perfection absolue mais un effort sincère pour nous maintenir dans une relation de confiance et de foi en son amour.

Ensuite, confesser signifie reconnaître l’amour dont Dieu nous aime : à la confession, je ne passe pas devant un tribunal, mais je vais me jeter dans les bras d’un Père qui m’aime infiniment et qui attend que je revienne vers Lui : « Revenez à moi de tout votre cœur » (Jl 2, 12). Dieu nous attend comme le père de l’enfant prodigue qui guette le retour de son fils et court au-devant de lui pour l’embrasser (Lc 15).

Enfin, confesser signifie dire ses péchés : il est important de le faire, même si cela coûte, parce que l’ouverture des lèvres est l’ouverture du cœur. Les mots permettent d’« exprimer » les fautes, de les faire sortir du fond de notre cœur pour les remettre à la miséricorde de Dieu. Dire ses péchés de manière claire, simple et brève : les nommer.

Pour certains, il est important de passer du scrupule à la confiance en Dieu : Le scrupule est une forme de méticulosité dans l’analyse des péchés de sa vie. C’est une sorte d’obsession de vraiment tout dire au prêtre, dans les moindres détails. Il y a dans cette obsession à tout avouer une manière de privilégier le rapport à la loi, de se centrer sur ses fautes plutôt que de s’abandonner à la miséricorde de Dieu. Dans le sacrement de réconciliation, il s’agit de lâcher prise. Une bonne confession ne consiste pas en une liste interminable de péchés. L’essentiel se joue dans notre cœur. Le pardon signifie « au-dessus du don ». Se confesser, c’est découvrir au-delà de ses péchés l’amour infini de Dieu pour nous. Le pardon de Dieu n’a pas de condition ; il est gratuit ; il ne demande qu’à être reçu.

Le pardon ce n’est pas l’oubli de la faute que j’ai commise et dont je ne me souviendrais plus. Au contraire, il convient de tenir comme une grâce de garder en mémoire la faute dont j’ai été pardonné. Le pardon de Dieu nous donne la force d’assumer notre passé. Le fils prodigue revient vers son père avec toute sa misère, avec toute son histoire. Il se souviendra toujours de la misère qu'il a vécu, loin des siens. Cela fait désormais partie de son histoire. Le pardon remet debout, mais n’efface pas l'histoire des pécheurs. Les péchés sont dans notre vie comme des blessures. Le pardon les cicatrise mais ne les efface pas. Il rend une histoire commune à nouveau possible et permet de vivre en paix avec son passé. Dans le pardon, l’avenir se construit dans une acceptation pacifiée de tout ce qui a marqué notre vie. Les événements, quels qu’ils soient, font partie de notre histoire sainte même si ces événements eux-mêmes ne sont pas forcément de l'ordre de la sainteté. Être réconcilié avec soi-même et regarder sa vie avec humour et humilité sont des trésors inestimables. Le Christ ressuscité apparaît avec les plaies de sa passion. Et c’est même à cela qu’il est reconnu. Même la résurrection n’efface pas l’histoire, bien au contraire, elle la transfigure. La mémoire que nous gardons de nos péchés et de nos misères peut engendrer, si nous avons su accueillir véritablement le pardon de Dieu, deux attitudes fondamentales :

-Une humilité de fond vis-à-vis de nous-mêmes. Heureuse mémoire qui évite en nous l'orgueil.

-Un regard bienveillant vis-à-vis de ceux et celles qui auront connu les mêmes faiblesses. Sans être complices ou complaisants, vous saurez trouver les mots qui consolent et qui ouvrent l'avenir.

Certains ont le sentiment de faire toujours les mêmes fautes, et donc sont lassés un peu de se confesser toujours. Dieu ne se fatigue jamais de nous recevoir, de nous écouter. Il ne désespère jamais de nous. A notre tour, ne désespérons pas de nous-mêmes. Chaque pas que nous faisons dans le sens de la conversion est toujours un nouveau pas pour Dieu.

Il y a chez certains de nos contemporains, une sorte d’illusion de ne pas avoir de péchés. C’est toujours la faute des autres ou du « système ». On s’inscrit ainsi dans un processus de déculpabilisation qui remet finalement en question la responsabilité personnelle.

D’autres se demandent souvent : mais pourquoi me confesser chez un prêtre ? Pourquoi ne pas s’adresser directement à Dieu ?  Ces résistances en nous sont quelque chose de profondément humain. Le plus dur est l’aveu des fautes. Humainement parlant, « avouer » signifie un arrachement de ce qui gît au plus profond de l’être, pour l’amener à la lumière ou dans toute autre sphère qui n’est plus celle du pur privé, de la solitude. La peur de s’ouvrir à l’autre peut nous porter à vouloir nous adresser directement à Dieu au fond de notre cœur. Le sacrement du pardon est là pour nous aider justement à passer de la peur à la vérité. Il s’agit de se laisser regarder par l’autre, qui n’est pas là pour me juger, mais pour me montrer que la grâce de Dieu passe des médiations humaines pour m’atteindre. Avec l’aide du prêtre, je peux aller plus loin ou tout au moins commencer un chemin.

Prière d’absolution :" Que Dieu notre Père vous montre sa miséricorde ; par la mort et la résurrection de son Fils, il a réconcilié le monde avec lui et il a envoyé l’Esprit Saint pour la rémission des péchés : par le ministère de l’Église, qu’il vous donne le pardon et la paix. Et moi, au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit, je vous pardonne tous vos péchés ".

Cette prière montre que le prêtre supplie d’abord Dieu d’accorder sa miséricorde à la personne qui se confesse :  c’est Dieu qui pardonne : « Que Dieu notre Père vous montre sa miséricorde », dit le prêtre, puis il ajoute « par le ministère de l'Église que Dieu vous donne le pardon et la paix ». En disant cela, le prêtre n’agit pas de sa propre autorité, il se place sous la prière de l’Eglise. A travers lui, c’est toute l’Eglise qui supplie et prie pour la personne qui reçoit le sacrement du pardon. Le prêtre demande que l’intercession de l’Eglise obtienne pour celui qui vient se confesser le pardon et la paix : le pardon des fautes, la paix du cœur, la paix du regard qui aime, la paix dans les mots qui sortent de nos lèvres. Finalement, la confession nous aide à reconnecter les dimensions importantes du pardon : d’abord, le pardon à autrui, ensuite le pardon à soi-même, qui n’est pas facile et qui est souvent oublié, enfin, le pardon à Dieu.

On reçoit le pardon de Dieu pour en être témoin : Le sacrement de réconciliation est un processus appelé à se prolonger dans la vie de tous les jours. Le pardon de Dieu que je reçois me constitue témoin de la miséricorde de Dieu. Le pardon reçu est à donner. C’est ici qu’il importe de bien comprendre le sens de la « pénitence » :  durant des siècles, « la pénitence » constituait une obligation longue et pénible. Elle a été perçue comme une punition, une réparation. Mais il importe que nous apprenions à découvrir à nouveau frais les exigences de la « pénitence », ne serait-ce que sous la forme d’un don plus attentif de nous-mêmes aux autres. « Pénitence », selon l'ancienne acception du mot, signifie conversion, à travers le partage ; conversion à travers l’effort pour sortir de soi-même, de ses habitudes, et surtout, pour se mettre au service du prochain. On peut voir la pénitence comme un prolongement du sacrement de réconciliation en nous, en notre vie. Après l’aveu des fautes, le prêtre cherche avec le pénitent quel acte il pourra poser pour signifier sa volonté de conversion : cet acte peut être un service rendu, une prière de louange, un effort particulier à faire, action de grâce à Dieu pour le pardon reçu. Finalement, le geste et la parole du prêtre restent essentiels pour que la personne qui vient se confesser se sente reconnue, aimée, pardonnée personnellement par Dieu.

                                                                                  


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