Notre Dame de Bon Secours

Le Père Millet, un témoin de l'amour du Christ | Notre Dame de Bon Secours

Nos racines

Le Père Millet, un témoin de l'amour du Christ
Retour

Le Père Millet, un témoin de l'amour du Christ

Le Père Millet, un témoin de l'amour du Christ

Mr Xavier Duchâteau nous a fait part des résultats de ses recherches historiques sur le Père Millet pour le resituer dans le contexte de son époque. Il a développé les 5 points suivants :

1.      La société du 19e s, sur le plan religieux, le rapport église-gouvernement avec le Concordat
2.      L’intuition directrice de PS Millet et quelques traits de sa spiritualité
3.      Le séjour à Rome  le combat pour les Constitutions
4.      Un messager pour notre temps
5.      Une généalogie et un bref extrait de ses 77 lettres

 Comment le Père Millet est-il témoin de l’amour du Christ, que nous apprend-il sur Lui, comment Paul-Sébastien nous fait-il aimer plus Jésus, le Christ ?

Le Père PS, j’ai donc appris à approcher ainsi sa vie comme un dialogue entre une époque, de 1797 à 1880, particulièrement âpre, et cet homme, mu par une initiative, une vocation. Et j’ai vu s’éveiller ainsi un amour de plus en plus partagé pour les plus pauvres, cherchant à se structurer, se fortifier les uns par les autres, les uns avec les autres, mais surtout un amour qui n’était pas du sentiment, pas une morale altruiste. Alors, qu’est-ce qui anime Paul-Sébastien Millet ?

1.      La société du 19e s, sur le plan religieux, le rapport église-gouvernement avec le Concordat

Nous savons la haine antireligieuse sous la Révolution :  lois sur la déportation condamnant à l’échafaud les prêtres qui tentent de rentrer ou qui ont refusé de partir de France. 30 000 prêtres réfractaires émigrent, 2000 sont exécutés, « la déchristianisation de l’an II », 17 avril 94, les Carmélites de Compiègne guillotinées. Nous savons moins la persécution très violente à nouveau après le 18 Fructidor an V (4 septembre 1797) et pour les deux années qui suivent 98-99. PS Millet est né en mai 1797. Un climat social de résistance religieuse trempe les âmes pieuses de cette époque. (…)

En 1803, il a 6 ans, sans doute a-t-il vu ou entendu le cortège qui, passant par Troyes, menait le pape Pie VII à Paris, en fait otage de Napoléon. Le Concordat signé alors est présenté comme une victoire pour la liberté du culte, mais le gouvernement tient en laisse -et une laisse courte- l’Eglise de France et de toute l’Europe occupée : les évêques sont les commis des préfets. (…)

 2.      L’intuition directrice de PS Millet et quelques traits de sa spiritualité

Ce qui a mené PS, ce n’est pas l’idéologie, c’est la charité. On peut comprendre que pendant et après des années aussi terribles que la fin du 18e et la 1e moitié du 19e s, les chrétiens se soient particulièrement identifiés aux jours de la Passion de Jésus. (…)

La perspective du P Millet se tourne plutôt sur la com-passion, la présence à la personne du Christ souffrant. La détresse économique, sociale et politique dont Paul Sébastien Millet a été témoin, lui a aussi montré la solidarité dont les petites gens savaient faire preuve dans les moments les plus aigus. Il a vu cela dans la charité exercée au milieu de la furie meurtrière cultivée et encouragée chez ses compatriotes, et lors de la terreur inspirée par l’invasion des armées ennemies en 1814. (…)

J’étais malade et vous m’avez visité, dit PS dans la Règle : accepter de laisser Jésus s’approcher de nous. Revenons à l’Imitation de Jésus-Christ : elle a été reçue par PS comme unisson au cœur de Jésus, au corps souffrant de Jésus, pour rejoindre chaque membre souffrant dans le monde. C’est une véritable présence au monde par le cœur de Jésus. (…)

Pourquoi ce lien le plus étroit avec le pasteur de son Eglise ? lI est allé le chercher auprès du pape. Le pape, dans le contexte français du Concordat, était le seul pouvoir humain à pouvoir garantir une liberté de conscience et d’action. (…)

Il était très suspect d’oser aller passer des nuits au domicile des malades, dans les familles étiquetées du terme insultant de « misérables ». (…) La classe ouvrière n’apparait véritablement en France qu’après 1830, mais c’est en 1848 que l’église s’aliène la classe ouvrière parce qu’elle prend, avec le futur Napoléon III, le parti de l’ordre contre ceux qui dénoncent l’injustice. La lutte politique chez les ouvriers devient anticléricale après 1848, car le Concordat inféode l’Eglise au gouvernement (…) Une brèche profonde s’ouvrait entre l’église et les milieux populaires. À tout le moins, le réveil d’un très vif anticléricalisme marqua pour des décennies certaines paroisses. 

Père Millet porte l’accent sur le dénuement et non sur la faute, car il est témoin de la torture morale et spirituelle entraînée par ces situations de « déplorable dénuement ». (…) Ce qui m’a beaucoup touché, c’est le caractère contagieux de la charité autour de PS : charité, amour des autres, amour du Christ au centre, qui rayonne tout autour de lui. PS donne cette empreinte à tous ceux qui se laissent fréquenter par lui.

La spiritualité qui transparaît dans ses actes

C’est Marie qui préside à la Charité, qui cultive la foi et porte l’Espérance, dans l’œuvre et les démarches du P Millet. Prier, souffrir, se taire, est sa devise en conformité à l’attitude de ND des sept Douleurs. (…) Notre-Dame de Bon-Secours, Notre-Dame des sept douleurs, les différentes madones au pied desquelles il a prié d’un cœur enflammé, expriment un seul visage : celui de la mère de Jésus. Il estime lui appartenir, que tout ce qu’il en entreprend lui appartient, et son premier mouvement, que les choses aillent ou n’aillent pas selon les vues humaines, c’est d’en référer à elle, de tout lui reporter, la gloire et le courage, et l’opiniâtreté, et même parfois, les ruses comme « la nécessité » l’en obligea par rapport à son évêque M.Ravinet (77 lettres de Rome). Si l’on oublie cette clé, les actes et le comportement de Paul Sébastien Millet peuvent nous apparaître incohérents et téméraires. (…)

La colonne vertébrale : les Constitutions

Nous ne pouvons pas approcher la vie du Père Millet sans être saisi par l’insistance avec laquelle il parle de ses Constitutions. Ce ne sont pas les siennes, ce sont celles que la Mère du Bon-Secours veut donner à ses enfants, ce don est sacré pour le Père Millet. Avant l’indépendance de la congrégation par rapport à l’évêché du lieu, il s’agit d’un cadre donné à une force d’expansion qu’il veut relier étroitement à la barque de Pierre, à l’autorité romaine. P. Sébastien Millet vit à Rome 18 mois de Passion, de décembre 1861 à juin 1863. Ses 77 lettres témoignent de la lutte pour laquelle il s’est armé, -on pense à St Paul, à son armure du chrétien et l’athlète du stade- mettant un peu de temps à ajuster sa tactique avec sa spiritualité : Il est parti en rusé champenois, résistant aux manœuvres des ennemis de la congrégation. Il a voulu doter la Congrégation d’un outil non pas entre les mains du gouvernement français, mais entre les mains du vicaire du Christ. (…)

La structure de ses Constitutions est travaillée par son âme paysanne. Elles forment le plancher charpenté et solide sur lequel il veut faire progresser les Sœurs qui répondent à l’appel du Christ et de ND de Bon Secours. Il ménage la place pour une évolution, une progression centrée sur les personnes dans une dynamique d’observation et d’expérience. P Millet positionne le service des malades et de l’humanité souffrante en référence à la compassion de Marie, mais aussi en référence à l’autorité du Christ, véritable auteur de l’Amour. C’est ce qui fait le sens de cette référence historique et institutionnelle au vicaire du Christ qu’est le Souverain Pontife. (…)

Courir sur les pas de l’Époux (conclusion de la 1e Règle) : tel est l’allant avec lequel P Millet envisage le service et la vie spirituelle, qui ne font qu’un. Il fait pour cela confiance à la présence aimante du Christ dans les liens communautaires structurés par les Constitutions, après avoir été éprouvés au quotidien en rapport à l’Evangile. « Les sœurs du BS étaient vraiment pour leurs malades les avant-courrières de la grâce et les introductrices du bon Dieu » ,[PREVOT 179] : cette expression d’avant-courières renvoie au Précurseur, Jean-Baptiste cher à PS, et à la capacité de la Miséricorde à se répandre. Les sœurs font preuve de la persévérance partagée avec le fondateur, telle qu’autorisée à l’époque, dans leur but ultime : le salut des âmes

3.     Le rapport de Paul Sébastien à son évêque dans les 77 lettres à Rome

Tenir compte de deux choses : il y a ce sur quoi Paul Sébastien s’appuie dans l’Eglise, et le pouvoir politique en place

1/Le négatif, ce qui repousse PS : le politique caricature d’Eglise. Il ne faut pas oublier qu’il a connu la persécution de l’Eglise, puis sa mise au pas par le gouvernement. Dans la question sociale, celle des malades est très sensible. Paul Sébastien sait par l’expérience parisienne du BS, que sa faible voix sera étouffée pour une démarche à Rome, s’il fait suivre sa demande « par la voix hiérarchique » du Concordat. Dès qu’il s’agit d’assistance publique, de santé, d’éducation, les affaires de l’Eglise sont en terrain sensible politiquement, donc miné. (…) Le « sens de l’Eglise » qu’invoque Mgr Ravinet, en reprochant au P Millet de ne pas l’avoir, est précisément le sens de cette hiérarchie-là, bridant la hiérarchie ecclésiastique sur les points sensibles politiquement.

2/ le positif, ce qui l’attire, lui donne force : la figure de compassion de Marie, qu’il a vue historiquement à l’œuvre. Quand il obtient la reconnaissance pontificale ad laudandum, il exulte en serviteur de la maîtresse de Maison, sa joie n’est pas « d’avoir gagné », mais de voir reconnue la dignité de la vraie propriétaire et fondatrice de la Congrégation, qui est Marie. Premier acte de Paul Sébastien : tomber à genoux pour remercier la Ste Vierge, fondatrice du BS. [A. PREVOT, 153] ce geste exprime bien sa dé-possession. (…)

Ce sont les femmes qui ont été les principales ambassadrices de la miséricorde, dans la passion du Christ comme dans la Passion (…) Ce sont des femmes, des jeunes comme Marie Néty, qui se sont mobilisées pour panser les plaies du Christ dans leurs semblables.

La force de ce qui attire Paul Sébastien est la compassion à l’œuvre dans l’Eglise. Le sens de l’Eglise est là, et c’est pour cette raison qu’il en appelle à Rome. Il voit bien, à l’expérience, que les œuvres dites de miséricorde, telles qu’elles sont orchestrées par le gouvernement, ne sont pas la propriété de l’Eglise, Eglise des hommes, et moins encore de l’Eglise de Dieu. Marie en est évincée, pire qu’indésirable, Jésus en est chassé. Pour la propriété de Marie, il est prêt à passer par-dessus toutes les barrières de fausse autorité, -entendons d’autorité qui ne remet pas toutes choses d’abord entre les mains de Dieu- et c’est ce qui motive son départ à Rome. (…) Le moteur premier du recours à Rome, c’est Marie, elle ne manquera pas de remettre en ordre son Eglise. Mais Paul Sébastien restera définitivement dans les annales diocésaines, comme un étranger. Cette injustice a perduré malgré l’attitude beaucoup plus conciliante du successeur de Mgr Ravinet : Mgr Cortet a soutenu le Bon Secours dans la 2e démarche auprès du St Siège, pour l’approbation de la Règle et des Constitutions en 1876. La distance marquée en 1862-63 semble être restée dans les esprits aubois comme un acte d’insoumission que la Communauté a payée jusqu’aux années suivant le décès du Père PS Millet en décembre 1880, par le silence à son égard.

Paul Sébastien ne détache pas son regard de cette Présence qui l’habite intimement, et de plus en plus intensément depuis sa plus tendre enfance. Il a appris le caractère irremplaçable de cette Présence dans les débats incertains, dans les hésitations qui accompagnent les actes humains. Il a appris de cette Présence comment transcender les ambitions qui font inévitablement avorter les intentions premières, aussi bonnes soient-elles. L’Église connaît en ce début du XXIe siècle un appel à renouveler les pratiques congréganistes et les intuitions de leur fondateur dans une attention prioritairement éveillée à la détresse des plus faibles dans les situations qui conjuguent les misères : physique et corporelle, familiale, morale et affective, intellectuelle et culturelle, religieuse et communautaire. « mais à Dieu, tout est possible » accompagne les pèlerins d’humanité depuis Abraham et Sarah. Il s’agit de la Promesse, du Messie présent au milieu de nous. L’action du Messie est éminemment présente. Comment, sinon par ses membres Le soin apporté au corps dans ses souffrances physiques rejoint la nécessité de l’entourer de soin au niveau de son âme, au niveau de son apprentissage intellectuel, au niveau de son apprentissage de la vie en communauté aussi.

 

 

 

 

 

 


Vous aimerez aussi...